Se lancer dans l’édition en famille? Pourquoi pas? C’est le pari d’Eveline et de sa mère, Louise Lanctôt. Ensemble, elles ont lancé la micro-maison d’édition Le Scriptorium pour publier leurs textes.

Eveline a un parcours parsemé de détours, mais les lettres et les livres ne sont jamais bien loin. Elle a accepté de répondre à mes questions pour me parler de son choix de se lancer dans l’édition, de son travail d’éditrice et des défis qu’elles entrevoient.

Je t’ai d’abord découverte comme réviseure linguistique et maintenant, tu as une maison d’édition avec ta mère, Louise Lanctôt. Je propose de discuter d’abord de ton parcours jusqu’à la révision linguistique. Comment en es-tu arrivée à faire de la révision linguistique?

J’ai un parcours atypique. J’ai toujours suivi mon instinct. Je ne le savais pas à l’époque, mais je suis une personne anxieuse et je fais de l’anxiété de performance, donc j’ai opté instinctivement pour un parcours qui me passionne, question de ne pas trouver mes études pénibles. Donc plutôt que d’aller directement en enseignement du français, je me suis inscrite au bac en linguistique et littérature, puis j’ai fait un certificat en études classiques.

À partir de là, j’ai réalisé que l’enseignement nécessitait un brevet, donc je me suis tournée vers la francisation et j’ai fait une maitrise en didactique du français langue seconde. Et parce que je suis hyperactive aussi, j’ai toujours besoin d’être surstimulée, j’ai voulu créer des « opportunités » à mon mari, qui est entraineur de tennis. Nous avons donc démarré une petite école de tennis et ça m’a donné envie de me créer mes propres occasions d’affaires. À travers tout ça, j’ai eu deux enfants et mon nouveau rôle de mère qui doit s’occuper de ses enfants lorsqu’ils sont malades a « clashé » avec mon emploi. Ça ne plaisait pas à ma supérieure immédiate et disons que le traitement qui m’a été offert m’a désabusé du travail de salarié.

Avec un bac en linguistique et littérature, un certificat en études classiques (profil langue) et une maitrise en didactique, je me sentais outillée pour reprendre les rênes de ce qui fut dans ma jeunesse l’entreprise de rédaction et de révision de mes parents, Le Scriptorium. Alors voilà. J’ai repris l’entreprise que j’ai mise à ma sauce. Je me suis lancée sans trop savoir. Je me suis plantée souvent, car mon anxiété de performance laisse la place à un gros syndrome de l’imposteur. Je ne me sens jamais en totale maitrise de mes moyens.

Puis, j’ai eu besoin de retrouver une certaine stabilité, car mon incapacité à m’organiser entrainait beaucoup d’anxiété et diminuait ma capacité à être productive donc rentable. Je suis retournée à la maitrise en enseignement pour obtenir le brevet d’enseignement. J’ai tranquillement délaissé Le Scriptorium à partir de mon premier stage et du premier contrat qui a suivi. Ça s’était en 2019, l’an dernier.

Quand et comment le projet de créer une maison d’édition s’est-il présenté? Pourquoi décider de créer sa maison d’édition?

En fait, en 2005, mon oncle, Jaques Lanctôt, a décidé de vendre sa maison d’édition « Lanctôt éditeur ». Ma mère a fait une offre d’achat au prix demandé sans négocier à la baisse. Son banquier avait accepté de financer le projet et deux autres investisseurs lui avaient proposé de participer à son projet. Avec mon père, elle avait fondé Le Scriptorium et ils offraient plusieurs services en édition. Son frère a refusé. Il a préféré négocier à la baisse avec quelqu’un du milieu.

À partir de là, j’ai su que ma mère rêvait d’avoir sa maison d’édition.

Quelques années plus tard, vers 2008-09, alors que j’étais à l’université, nous avons ravivé ce désir et commencé à en discuter sérieusement. Ma mère est retournée aux études pour faire un microprogramme en édition. Puis, le rythme de la vie nous a rattrapées et le rêve est redevenu simple rêve.

L’an dernier, alors que je venais d’écrire un petit recueil pour enfant, j’ai décidé que je n’avais pas envie d’attendre les maisons d’édition. J’avais peur du rejet, mais j’avais aussi envie que mes projets soient exactement comme je les conçois. J’avais d’ailleurs parlé à ta sœur, Amélie Martel, pour illustrer mon livre et nous nous étions parlées, toi et moi, pour voir si une collaboration était possible. Mais tout ça semblait trop gros pour moi. Ma mère aussi avait deux de ses livres qu’elle souhaitait rééditer. Mais elle voulait aussi le faire à sa manière.

J’ai finalement proposé à ma mère de transformer Le Scriptorium en maison d’édition, sans tracas, juste nous deux, juste pour nous éditer. Et voilà. L’aventure a commencé.

Avez-vous le projet de publier des auteurs autres que vous? Quels sont les projets pour les prochaines années?

Pour le moment, le projet a pu prendre jour parce que nous le gardons petit, d’où le terme « micro maison d’édition ». Aussi, nous n’avons pas envie d’avoir le stress de publier une autre personne. Nous souhaitons garder le tout plaisant. Mais on ne sait jamais.

Que trouves-tu difficile dans le fait d’avoir une micro-maison d’édition? Quels sont les défis?

Déjà, le fait d’arrimer ce projet avec mon emploi d’enseignante (et mes études qui sont encore en cours), c’est un défi en soi!

Mon défi restera toujours la promotion. Comme micro maison d’édition, nous n’avons pas accès aux subventions et au statut des autres maisons d’édition. Nous sommes des autrices-éditrices. Ça nous donne un défi supplémentaire quand vient le temps de vendre notre produit, d’aller en librairie, etc. Les librairies ne prennent pas beaucoup d’œuvres « autoéditées » et souvent se cantonnent aux auteurs-éditeurs de leur quartier, sinon la demande est trop élevée. Alors nous faisons des tournées de librairies avec nos livres en main et jusqu’à présent, les librairies ont constaté la qualité de nos livres et ont accepté de nous prendre en consigne. Mais après, il y a toute la promotion à travers les médias. Même pour les maisons d’édition, c’est un combat, alors pour nous encore plus.

Et maintenant, qu’est-ce qui te passionne dans ce projet? Quels sont les avantages d’avoir sa maison d’édition?

Il y en a tellement! Déjà, de travailler avec ma mère, c’est vraiment plaisant. Tellement que mon père s’est joint à nous, et quelquefois ma sœur qui a fait un cours en infographie et qui nous conseille ou nous aide. Nous nous entendons bien, nous parlons fort, nous nous « obstinons », mais c’est toujours dans le respect et dans la passion.

Nous sommes très perfectionnistes aussi, nous pouvons passer des heures, des jours des semaines sur le graphisme, la mise en pages, la correction. Je crois que ça parait. Du moins, nous avons eu beaucoup de compliments sur l’objet littéraire.

Être éditrice me permet de combler plusieurs passions, comme l’écriture, la révision, la mise en pages, le graphisme, le dessin, etc. Ce sont plusieurs chapeaux que nous portons à tour de rôle. Nous apprenons grandement au fur et à mesure que nous avançons.

Quand j’ai reçu mes copies de Idola et À la venue des coquecigrues, j’ai été impressionnée par la qualité du livre. Le papier, le format, la mise en pages, on sent qu’on tient un objet précieux. Est-ce que c’était important pour vous?

Ça nous touche beaucoup que tu dises cela, car c’est exactement notre objectif. Ma tante Anne-Marie, artiste-peintre et bibliothécaire à la BAnQ, avait fait un cours sur la reliure et les beaux livres, elle nous inspire. Ensuite, il y a ma sœur qui a étudié en infographie, donc déjà, nous avions à travers elle été amenées à prendre conscience de l’importance du graphisme et des détails. Ma mère, à travers ses différents emplois, avait pris l’habitude des détails graphiques, elle s’y connaissait déjà un peu. Et moi, avec le Scriptorium, j’adorais travailler le graphisme, j’ai changé combien de fois les logos de l’Atelier de Tennis et du Scriptorium? Donc oui, c’était justement l’une des raisons de se lancer en édition. Pouvoir répondre à nos propres exigences.

Par exemple, pour la couverture d’Idola, nous avons travaillé sur plusieurs semaines pour trouver l’illustration qui nous plairait à toutes les deux. On se montrait des images pour s’inspirer, j’essayais quelque chose, je recommençais, etc. Jusqu’au moindre détail dans les cheveux/rivière. La fonte du titre, des chapitres, du corps du texte ont aussi été réfléchis longuement. Leur taille, l’espacement entre les lignes, entre les paragraphes, les marges, le format du livre, etc. Ce sont toutes des décisions que nous prenons sérieusement.

Et nous avons eu la chance d’être référées au Caius du livre, un imprimeur montréalais qui est aussi responsable de la qualité de nos livres.

Pour décider d’avoir une maison d’édition, j’imagine que les livres occupent une place importante dans ta vie. Comment pourrais-tu nous décrire ta relation avec les livres?

J’ai toujours aimé lire et écrire. Je lisais beaucoup étant jeune. L’école et le cégep m’ont un peu refroidi, car le rapport à la lecture y est trop scolaire, trop axé sur l’ingestion de connaissances qui n’ont rien à voir avec la lecture authentique. Un combat que je continue de mener comme enseignante.

J’ai arrêté de lire pendant mes études, car pour mes deux maitrises, j’ai dû lire des centaines d’études scientifiques, j’avais besoin de vider ma tête. Donc, il y a eu un hiatus. Je lisais encore, mais de la littérature plus simple, comme de la chicklit ou Harry Potter que j’ai lu plusieurs fois.

Là, je recommence à lire depuis une ou deux années et ça me fait du bien. Je suis une lectrice passionnée et un peu butineuse. Je peux lire deux ou trois livres en même temps. Je lis de tout : jeunesse, poésie, essais, récit, science-fiction, fantastique, merveilleux, bande dessinée, etc. J’aime quand la littérature me transporte ailleurs et me fait réfléchir. C’est pourquoi j’aime le fantastique d’ailleurs. Parfois, je reste prise dans les livres plusieurs jours après les avoir terminés. J’attends toujours ma lettre de Poudlard.

As-tu un rituel quand tu entreprends la lecture d’un nouveau livre? Ou même quand tu t’installes pour lire?

Non. Je lis un peu partout. Parfois sur mon iPad, mal assise, le cou tordu; parfois bien étendue sur mon lit avec un livre imprimé. J’essaie d’avoir un crayon, pour les livres imprimés pour noter mes passages préférés.

Pour terminer, quelles suggestions de lecture pourrais-tu nous faire? Quels sont tes derniers coups de cœur?

Je suis à fond dans la littérature autochtone en ce moment, si tu me suis sur Instagram, tu vas le constater!

Le livre qui m’a le plus bouleversé, c’est Pilleurs de rêves de Chéri Dilamine. Je dois me l’acheter et le lire aux élèves. C’est une dystopie qui fait énormément réfléchir sur l’histoire des pensionnats autochtones, mais aussi sur la solidarité, l’entraide, l’importance de la famille et de la sagesse des ainés.

J’ai aussi lu tous les recueils de Joséphine Bacon. J’adore son écriture et d’une certaine façon, je crois qu’elle me fait penser à ma mère. Toute ma jeunesse, ma mère m’a transmis des valeurs que partagent les peuples autochtones parce que sa mère et sa grand-mère les lui avaient transmises. Donc c’est certain que ce genre de littérature me touche.

Il y a aussi Shuni de Naomi Fontaine que j’ai lu et qui m’a réveillée. Je dois lire ses autres livres.

En jeunesse, j’aime beaucoup Simon Boulerice, j’ai lu plusieurs de ses œuvres et à chaque fois, j’adore la complexité des personnages hauts en couleur.

Finalement, gros coup de cœur de l’été, la série de bandes dessinées Paul, de Michel Rabagliati. Le graphisme est beau, le texte est bon, le style de l’auteur est drôle et touchant. C’est du sur mesure pour moi.

Je pourrais continuer longtemps… il y en a d’autres, je me suis même fait un journal de lecture. Je dois m’arrêter quelque part.

 

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